Conférence – Quels poissons dans nos marais doux agricoles ?
Quels poissons dans les marais doux agricoles ?
Plongez au cœur des marais du littoral atlantique à la découverte d’une biodiversité aquatique méconnue ! Venez rencontrer les scientifiques de l’INRAE de Saint-Laurent-de-la-Prée qui étudient ces écosystèmes dans le cadre du projet MAVI (Maintenir les marais vivants face au changement climatique), financé par l’INRAE, la Région Nouvelle-Aquitaine et soutenu par l’Agence de l’eau Adour-Garonne.

Mercredi 1 avril 2026 17h 2032ème séance
Présidence Martine Gachignard – 44 participants
Quels poissons dans nos marais doux agricoles ?
Animée par Vincent Boutifard
INRAE Saint-Laurent de la Prée
Dans le cadre du projet MaVi, les scientifiques de INRAE tirent les premiers résultats des campagnes de pêche scientifique avec des filets verveux, qui se termineront fin 2026. Objectif : caractériser les peuplements piscicoles dans les marais doux agricoles en fonction de différentes modalités de gestion de l’eau. Le protocole sera conduit sur 5 sites expérimentaux : La Réserve Naturelle Régionale de la Vacherie (en Vendée), le Marais de Voutron, le Marais de Saint-Laurent-de-la-Prée, le Marais du Transbordeur, le Marais de Brouage (en Charente-Maritime).
Le projet MaVi (Maintenir des Marais Vivants face au changement climatique), inclus dans le programme « Transition en territoires de l’agriculture, l’alimentation et l’environnement » (TETRAE) est coordonné par l’Unité expérimentale INRAE de Saint-Laurent-de-la-Prée et le Forum des Marais Atlantiques. D’une durée de cinq ans (2023 – 2027), il est co-financé par le Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine et INRAE, avec le soutien de l’Agence de l’eau Adour Garonne.
MaVi vise à analyser les interactions entre la biodiversité et la séquestration du carbone en réponse aux pratiques de gestion de l’eau ainsi que les conditions de pérennisation des circuits courts en élevage, pour accompagner et accélérer l’adaptation de l’agriculture des territoires de marais à la perspective de pénurie d’eau estivale annoncée. Il réunit pour cela neuf équipes de recherche et treize acteurs partenaires dont le Forum des Marais Atlantiques, co-porteur du projet.
Des lacunes de connaissances dans les marais doux agricoles
La plupart des recherches portant sur les poissons se concentrent sur les habitats des prés salés, des estuaires et des rivières, laissant un vide de connaissances concernant les marais doux agricoles. Ces écosystèmes anthropisés méritent une attention particulière afin de mieux comprendre le réseau trophique dans son ensemble. Les poissons jouent un rôle crucial en tant que prédateurs d’insectes et proies pour les oiseaux, et l’étude de certaines espèces peut également fournir des indications sur la qualité de l’eau. Des espèces menacées sont présentes, telles que l’Anguille d’Europe, classée comme « En danger critique d’extinction » sur la liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature).
Photographie d’une pêche scientifique / © Vincent Boutifard
En quelques chiffres :
Les premières campagnes ont permis d’identifier 17 espèces de poissons, dont 2 espèces menacées et 4 espèces classées comme espèces exotiques envahissantes– (EEE) témoignant d’un mauvais état de conservation de ces milieux.
Parmi elles figure l’Anguille européenne, une espèce emblématique des marais. Elle est aujourd’hui classée en danger critique d’extinction sur la Liste rouge des poissons de France métropolitaine. Ce statut la place parmi les espèces les plus menacées, avec un niveau de risque d’extinction plus élevé que celui d’espèces mondialement connues comme le Grand panda, le Tigre du Bengale ou encore l’Éléphant d’Asie.
Le Brochet est également considéré comme menacé (Vulnérable) en France. Cette espèce nécessite des zones de reproduction spécifiques, appelées frayères, souvent situées dans des zones humides peu profondes. Or, ces habitats ont progressivement disparu au fil des décennies, contribuant au déclin de l’espèce. En 2014, des scientifiques français ont par ailleurs décrit une nouvelle espèce de brochet sur la base d’analyses génétiques et morphologiques : le Brochet aquitain. Cette espèce est endémique du sud-ouest de la France et se rencontre uniquement dans les bassins versants compris entre la Charente et l’Adour. L’avenir de cette espèce repose en partie sur la protection des zones humides charentaises (110 000 ha), dont les marais doux agricoles font partie intégrante.
Les marais doux agricoles sont impactés par des espèces exotiques envahissantes (EEE), telles que le Poisson-chat, la Gambusie, le Goujon asiatique ou la Perche-soleil, dont certaines peuvent profondément bouleverser les équilibres écologiques locaux en entrant en concurrence directe avec nos espèces indigènes. Face à leur présence croissante, l’étude et la surveillance de ces espèces revêtent un intérêt scientifique majeur, tant pour comprendre leurs dynamiques que pour anticiper leurs impacts. Aujourd’hui, les EEE représentent 40 % des individus qui peuplent nos canaux et 33 % de la biomasse totale.
Tous concernés par le déclin de la biodiversité ?
Si les dangers du changement climatique commencent à être de plus en plus appréhendés par les citoyens, le déclin de la biodiversité reste encore trop méconnu du grand public, malgré les alertes des scientifiques sur la sixième extinction de masse en cours. Selon un rapport du Sénat, le coût économique des espèces exotiques envahissantes (EEE) en France est estimé entre 1,2 et 10,6 milliards d’euros sur la période 1993‑2018, impactant l’agriculture, la pêche, la gestion de la biodiversité, ainsi que les infrastructures, l’eau et la santé publique.
Le dernier rapport mondial de l’IPBES (GIEC de la Biodiversité) publié en février 2026 met en lumière que la perte de biodiversité représente aujourd’hui une menace systémique pour l’économie mondiale et pour les entreprises elles‑mêmes. Les auteurs soulignent que toutes les entreprises dépendent de la biodiversité — que ce soit pour l’accès à l’eau, aux matières premières, à la pollinisation ou à la régulation des cycles naturels — et que leur survie à long terme est étroitement liée à la santé des écosystèmes. Sans changement transformateur des pratiques économiques, la nature continuera de se dégrader, aggravant les risques économiques, écologiques et sociaux [1].
[1] https://uicn.fr/levaluation-de-lipbes-sur-le-lien-entre-entreprises-et-biodiversite/
Communiqué du conférencier
Tous nos remerciements pour une conférence didactique, une présentation rigoureuse très appréciée des participants.
Montage power point
Conférence également enregistrée Youtube Muséum La Rochelle

